L'expédition continue même si c'est un peu dur de repartir du Costa Rica. On n'a pas vraiment idée de ce qui nous attend au Panama. On a très envie d'aller dans le parc national du Darien mais on sait déjà que ça va être compliqué. Et puis on arrive dans le dernier des pays d'Amérique Centrale (nous sommes passés partout sauf au Salvador pour des raisons de timing), alors ça ressemble déjà à la fin d'une étape importante et le doute de vouloir la franchir s'installe.
Dans pareille situation, il faut faire comme ces bus colorés, foncer et ne pas se poser de question, on verra bien !
Dernières frontière d'Amérique Centrale en bus, passage en beauté, 5 heures d'attente depuis 6 heures du matin.
Et puis c'est l'arrivée à Panama City.
Au premier abord, Panama City n'est pas un Eden de verdure !
C'est le retour à la civilisation bétonnée. Une ville à l'urbanisme très moderne et très influencée par
l'argent triomphant où chaque immeuble essaie de dépasser son voisin en tissant vers le ciel une distance suffisante pour ne plus voir les grands boulevards.
On se croirait presque à la défense (à côté de Paris) avec la construction de T1!
C'est un premier sentiment qu'il faut nuancer naturellement. D'abord, construire à la verticale permet de réduire l'empreinte au sol ce qui a du sens pour une
ville et puis certains bâtiments sont très bien faits...
On trouve de tout, par exemple, une tour en spirale qui à notre sens n`a d'autre intérêt que d'´être originale ce qui ne justifie pas vraiment sa contruction .... et un musée de la Biodiversité dessiné par l'architecte Franck Gehry (musée Guggenheim à Bilbao par exemple ) également en cours de construction.
Il se dégage une atmosphère un peu spéciale de ce paysage bétonné qui n'est pas dépourvu d'une certaine forme d'esthétisme.
Pour une fois que nous trouvons que la vue depuis notre bureau et donnant sur des tours est belle ! il faut le marquer d'une pierre blanche.
Au loin, le port de marchandises et l'entrée du mythique canal de Panama ; Allons voir cela de plus près.
Actions Biodiversité en pleine observation ! Décidément à Panama City ce sont des conditions très différentes de l'ordinaire : pas de faune et flore sauvage, pas de camouflage ni de position inconfortable pour surprendre un animal caché mais un banc, une bière et un convoi de cargos au large...
C'est assez impressionnant, un Tetris géant activé par des Legos ! Ça passe juste, 2 mètres de marge de chaque côté, il faut avoir le compas dans l'oeil !
Mais Panama ce n'est pas seulement cette image du modernisme qui se mesure à la taille des choses toujours plus grandes, à la recherche de superlatif qui n'est pas sans rappeler une culture Nord Américaine influente... Le canal bien sûr est la pièce centrale de l'évolution économique du siècle dernier mais les enjeux de demain sont aussi écologiques et sociaux.
Pour avoir une réflexion plus détaillée sur les risques environnementaux n'hésitez pas à vous rendre sur la fiche pays du site de l'association en cliquant
directement sur ce lien : www.actions-biodiversite.org
Il y a de la résistance culturelle et identitaire, le Casco Viejo centre ville colonial a été désigné "World Culture Heritage" et est en cours de réhabilitation dans son style original.
Et en ouvrant un oeil nouveau, il est facile d'apprécier l'incroyable diversité des habitants, de leur culture, de leur joie de vivre...
La plaza Francia où se trouve d'ailleurs l'ambassade
La simplicité de la vie loin d'un matérialisme exacerbé...
Les erreurs du passé et de l'urbanisme ghetto où il est recommandé ne pas pas s'arrêter et de bien fermer ses portes quand on passe en taxi!!!
Et la joie de vivre qui s'exprime par des couleurs vives et flamboyantes.
A défaut de pouvoir aller dans le Darien et après 5 jours de discussions avec un biologiste espagnol pour organiser une expédition avec l'équipement et les autorisations nécessaires nous décidons de partir à Kuna Yala. Le prix exorbitant qu'il nous a proposé nous a bloqué cette fois-ci, mais c'est sûr nous reviendrons !
KUNA LAYA, aussi connu sous le nom de l'archipel des San Blas est un vrai paradis sur terre (en l'occurence sur mer). Nous partons pour découvrir quelques unes de ces iles et pour mieux faire la connaissance avec la communauté Kuna.
Il s'agit d'un archipel de plus 340 îles coralliennes qui se résument à leurs plus simples caractéristiques : un tas de sable au milieu de l'eau turquoise surmonté de quelques palmiers, plantés là pour la "culture" des noix de cocos.
Cet archipel ainsi que le littoral que l'on voit au loin et qui va jusqu'à la frontière Colombienne est une zone autonome, comme un pays dans le Panama, gérée par la communauté Kuna : c'est le "Comarca Kuna Yala".
Un petit paradis de sable blanc et de palmiers qui donne tout de suite le sentiment d'être comme Robinson, naufragé dans un autre monde...
Nous sommes d'abord arrivés à Narasgandup (l'île orange), une grande île avec 3 familles avant de rejoindre Achudub (l'île au chien), très connue pour son épave de bateau de contrebandiers transportant des liqueurs et qui s'est échoué là il y a plus de 30 ans.
Le peuple Kuna est plutôt discret, les femmes s'habillent toujours de Molas cousus traditionnellement qui leurs donnent beaucoup d'allure et elles n'aiment pas être prise en photo, nous avons respectés leur souhait.
Les hommes parlent davantage espagnol et ne s'habillent plus très souvent de leur chemises traditionnelles à manches longues.
Les conditions de vie des Kunas sont simples. Ils puisent dans la nature l'essentiel de leurs ressources alimentaires, poissons et cocos, ils exploitent les terres du littoral pour de l'élevage et l'agriculture, ils s'ouvrent de plus en plus au tourisme offrant majoritairement la possibilité de dormir dans des cabanes sur la plage mais il y a également quelques hôtels un peu plus confortables.
Les Kunas sont organisés en 3 cantons dans l'archipel des San Blas et chaque groupement d'îles est rattaché à une grand île village plus peuplée comme Carti . A Carti se trouve le chef de la communauté Sahila ainsi, toutes les familles Sahila, se retrouvent à Carti régulièrement pour échanger et s'organiser. Les règles sont strictes, pour faire du commerce ou du tourisme il faut demander au chef de la communauté l'autorisation et ce dernier guide d'ailleurs sur la conduite à tenir. Selon le canton auquel appartient le Kunas, les règles pour le "business" peuvent changer, à titre d'exemple, les bars de Carti sont ouverts de 15h à 23h alors qu'à Sidra, une autre ile village, il n'y a pas de restriction d'horaires.
Ce territoire est géré de façon autonome et pour sortir de Kuna Yala, les Kunas doivent demander une autorisation à l'autorité du village. Même la police du Panama n'a pas ses droits ici. Cependant la majorité des responsables des îles acceptent la police anti-drogue car les narco trafiquants passent par les îles, jetant parfois leurs marchandises pour ne pas se faire prendre et revenant ensuite pour les récupérer, ce qui représente un grand danger potentiel pour les kunas.
Il faut savoir que les Kunas sont représentés au Parlement à Panama City pour faire valoir leurs droits. Un grand nombre de Kunas se sont exilés dans la capitale, dont des femmes et des enfants qui vivent de petits métiers.
La pirogue à rame et à voile est le moyen de transport prédominant.
Nous avons fait la connaissance d'Iron qui après avoir travaillé dans les grandes chaînes d'hôtels internationaux, a monté ses cabanes sur le terrain de sa femme.
Iron est dans "le rush" car il a un grand projet, équiper sa cabane d'un écran plasma avant le début de la coupe du monde de football en Afrique du Sud. C'est un passionné du ballon rond, il joue numéro 10 dans l'équipe de foot de Sidra et il veut vraiment faire profiter ses clients et amis de la passion de la Coupe du Monde.
On est à J- 7 et l'extension de sa paillote doit encore être couverte, l'écran est commandé et doit arriver dans la semaine, l'amplificateur est déjà là, les
drapeaux cousus en Molas sont accrochés. On retrouve toutes les nationalités de ceux qui sont venus le visiter sur l'île . Iron est confiant, il fait tout lui même accompagné de deux gars qui
travaillent pour ou avec lui mais qui tantôt partent faire un tour en bateau, montent dans les palmiers chercher des noix de cocos, discutent tous ensemble suspendus dans un hamac...
Il faut dire que l'enjeu est de taille et le timing serré. Il n'y a sur l'île ni TV ni électricité. Les 3 familles ont chacune un générateur diesel qu'elles allument le soir venu mais qui ne sera naturellement pas suffisant pour couvrir les lumières d'un bar et l'alimentation d'un sound système les jours de match ;-) Iron là encore est serein. Il a investi dans un panneau solaire et la TV câblée devrait couvrir jusqu`à son île. Il n'y a pas de raison, les téléphones portables captent bien !
Suivi du chantier au travers de ce reportage :
La vie de l'expédition sur l'île est empreinte à la méditation et à l'alimentation exclusive de riz et de poissons frais.
Nous avions pris quelques bouquins dont l'excellent "Plaidoyer pour la Terre et les Vivants" de Bernard Anton.
L'observation de la multitude de vies aquatiques sur les récifs avoisinants nous a donné de parfaits prétextes pour se rafraichir régulièrement. Les nuits ont été
un peu plus agitées, notamment lorsqu'il à fallu faire face à une pluie diluvienne dans la tente ou trouver un cadencement idéal pour s'endormir dans les hamacs... mais dans l'ensemble c'était
super !
L'apprentissage du langage Kuna n'a pas été un franc succès. Quelques mots comme Tekite (Hola / salut), Okob (Coco), Tutu (flora / flore), So (Fuego / feu), Nandusnmad (Pacha Mama / mère terre) et Nuedi (Gracias / merci) mais c'est tout ! Il faut dire, ils ont plus 10 façons de nommer le vent ou les vagues. Le plus dur, ce sont les chiffres, ils changent en fonction de ce qui est compté (1 objet solide et grand ou 1 poisson = Uka gun // 1 papier = mata gun // 1 morceau de bois = war guen)... Pas évident !
La nature nous a gâtés de ses plus beaux paysages, couchers de soleil et espèces animales et végétales. L'eau cristalline nous a permis d'observer poissons de récifs, barracudas, langoustes, étoiles de mers, calamars et banc de sardines...
Quelques oiseaux, comme le Great-tailed Grackle (Quiscalus mexicanus) en très grand nombre, un type de rapace non identifié mais qui ressemble un peu à un Crested Caracara et bien sur des pélicans majestueux.
Et nous nous sommes naturellement intéressés aux sujets environnentaux que connait ce petit paradis... Pour en savoir plus, n'hésitez pas à vous référer à la fiche pays en cliquant sur ce lien : fiche pays Panama
La prolifération des algues Turtle Grass (Thalassia testudinum) ou Manatee Grass (Syringodium filiforme) qui s'échouent sur les plages obligeant les familles de Kunas à les ramasser sans bien savoir qu'en faire. Ils les enterrent ou les rejettent plus loin.
Et puis le problème du traitement des déchets...
Avec l'arrivée croissante de touristes et l'accès à des produits manufacturés et emballés, c'est le traitement du plastique qui pose problème. Les Kunas ne savent pas comment collecter et traiter ces nouveaux déchets. Si une grande partie est collectée et enfouie dans des trous sur le continent, une très grande quantité se retrouve dans la mer et vient augmenter la macro et micro pollution toujours croissantes ramenées par les vents et les marées sur les côtes.
L'aluminium a un marché. Les fillettes ci-dessus compressent les cannettes avec leur pieds et le kilo sera vendu à des acheteurs venus de Panama City ou de Colombie.
Pour les grandes îles où la densité de population est plus importante le problème des déchets est encore plus important puisque vient s'ajouter aux plastiques et matériaux non biodégradables, l'évacuation des eaux usées. La nature ne parvient pas à filtrer tous ces rejets du fait de leur grand nombre développant un terrain favorable aux problèmes sanitaires.
Malheureusement, en restant 6 jours seulement dans cet archipel nous n'avons pas pu aider beaucoup. Mais nous avons établit des contacts locaux et nous leur ferons bénéficier des conseils et connaissances de notre réseaux d'experts avec qui nous échangeons sur les possibilités d'améliorer cette situation.
Naturellement, nous sommes repartis avec nos macro déchets, dommage qu'à Panama City il ne fasse pas non plus le tri sélectif mais c'est toujours mieux que de les laisser là -bas. Bien sûr aussi, c'est en échangeant avec les différents acteurs que nous avons rencontrés sur place qu'il est possible de faire avancer les choses, ces sujets sont d'ailleurs en cours de discussion la question est de savoir combien de temps il faudra pour que les premières solutions soient mises en place.
Et c'est déjà l'heure de repartir ! En laissant l'archipel derrière nous, nous emportons toutefois des images magnifiques où le ciel et la mer s'embrassent à l'horizon et le souvenir ému d'un peuple qui vit différemment de nous, qui sourit aux poissons et aux étoiles...
Nous pensons bien à vous en France et en Europe et vous souhaitons de très bonnes vacances d'été, Feliz Vacaciones ! Profitez de la beauté de la nature et soyez de bons éco citoyens.... A très vite, en Colombie
ACTIONS BIODIVERSITE
Panama, du 27 mai au 12 juin 2010
Pour approfondir les sujets abordés, rendez-vous sur le site de l'association:
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