"Qui va loin ménage sa monture !" s'apparente dans notre cas à "Qui veut retrouver ses affaires à l'arrivée, s'assure que tout est bien sur le toit ficelé !"
Il est temps de quitter la quiétude de la ville coloniale de Luang Prabang, pour partir explorer l'est du Laos. Notre objectif est de nous rendre jusqu'à Vieng Xai en traversant les paysages montagneux de cette région. Nous rejoindrons ensuite les villages le long du fleuve de Nong Khiau et Muang Ngoi Neua. Nous avons décidé de passer la frontière vers le Vietnam par le nord du Laos au niveau de Dien Bien Phu au Vietnam. L'histoire tragique de Vieng Xai, l'éloignement de cette zone, attirent notre curiosité. Il s'agit d'un parcours moins fréquenté par les touristes car il est nécessaire de disposer d’un peu de temps. Ici les distances ne se comptent pas en kilomètres mais en heures de route. 12 h de bus sont parfois nécessaires pour couvrir une distance négligeable par route comme quelques centaines de kilomètres !

Au revoir donc l'esprit colonial, l'odeur du pain et de la gastronomie occidentale...
L'espoir d'un trajet sans heurt est de courte durée, crevaison au kilomètre 50 comme dirait le 1000 bornes.
La route est très belle, nous traversons des villages reculés où descendent et montent parfois quelques voyageurs. Partout la forêt a été coupée au profit d'espaces désertiques ou de champs dont parfois l'inclination semble vertigineuse.
Tard dans la journée nous arrivons à Phonsavanh. Il s'agit d'une ville décrite dans les guides comme n'ayant pas beaucoup d'intérêt. Etape indispensable pour visiter la Plaine des Jarres, véritable énigme semble-t-il. A la surprise des quelques rabatteurs de tours organisés ou d'hôtel, nous n'avons pas prévu d'aller visiter cette curiosité. Pour nous Phonsavanh sera la ville relais où notre diligence s'arrête pour que nous passions la nuit calme, nous repartirons le lendemain avec le premier bus.
Le temps d'une petite balade pour se dégourdir les jambes. Des carcasses de bombes sont utilisées comme barrière métallique. Les employés du bureau de l'environnement se livrent à une petite partie de pétanque. Dans le marché local on trouve à la vente des mammifères curieux, de petits rongeurs que l'on cache pour pas que nous les prenions en photo. Dans le coffre d'une voiture ayant un autocollant d'une association contre le trafic illégal d'animaux sauvages, deux chouettes qui attirent notre attention... Un vrai décor et ambiance de film, malheureusement nous n'aurons pas le temps de mener l'enquête !
Le voyage se poursuit dans une antiquité de bus pour une journée de ballotage sur les petites routes en zigzag !
En fin de journée nous arrivons dans la petite ville de Xam Neua qui est la capitale de la province Houapan.
Le lendemain, nous louons une petite moto pour nous rendre à une vingtaine de kilomètres, visiter Vieng Xai et ses caves taillées dans la roche calcaire.
Il fait frais dans cette région montagneuse, nous avons mis ce matin toutes nos couches de vêtement ! Il faut dire que le soleil n'est pas pressé de pointer le bout de ses rayons.
Après une belle balade dans les alentours afin de profiter du panorama des paysages, nous visitons différentes grottes karstiques qui furent le théâtre d'une page sombre de l'histoire du Laos. Ces grottes servirent notamment d'abri aux chefs du mouvement indépendantiste laotien, le Pathet Lao pendant les 9 années de bombardement dans le cadre de la Guerre Froide et des Américains au Vietnam.
Le Kaysine Phomvihane Merial Caves Office permet au travers d'un audio tour guidé très bien fait, de se plonger dans l'ambiance noire de cette époque. Dans les
années 1960, les Etats-Unis craignaient une expansion du communisme vers le sud. Débuta alors une pression d'une extrême violence sur la région du nord est du Laos. De 1964 à 1973, cette zone fut
la cible d'intensifs bombardements. L'objectif était de briser la piste Hô Chi Minh. Au final, les dirigeants du Pathet Lao qui vinrent de
Xam Neua pour se réfugier dans ces monuments naturels, s'organisèrent et vécurent 9 années avec les populations avoisinantes, se terrant le jour et la nuit dans ces
incroyables galeries et successions de grottes. Cette "citée cachée" aurait accueilli jusqu'à 20 000 personnes alors qu'il est estimé que l'acharnement américain aurait conduit à larguer plus de
8 000 tonnes de bombes par an et par habitants au cours de ces années de guerre.
L'endroit est donc lourd de sens et du poids de l'histoire. Nous visitons plusieurs caves des leaders de l'époque qui devinrent aussi des grands hommes de la République du Laos : Kaysone Phomvihane (leader du bureau, il devint le président de la république du Laos en 1991 avant de décéder en 1992), Nouhak Phoumsavanh (il succéda en tant que président de la République du Laos à Kaysone Phomvihane en 1992), le Prince Souphanouvong (dit le Prince Rouge, il est l'un des fondateurs du Pathet Lao et devint le premier président de la République du Laos en 1975), Phoumi Vongvichit (conduit de nombreuses délégations du Pathet Lao à l'international, il joua un rôle important dans les domaines de l'éducation et des arts).
Certaines caves avaient des fonctions particulières, comme l'armurerie, l'école, un petit hôpital... La plus grande recevait même des pièces de théâtre et des spectacles.
Des salles avec double blindage et système d'aération manuelle servaient pendant les bombardements pour protéger les leaders. Le son de bombes dans nos casques d’audio tour et le sentiment d'être enfermés dans les entrailles de la terre, entre le béton et l'acier fait naître comme un sentiment désagréable de claustrophobie. Imaginons-nous à l'époque !
Bref nous sommes contents de revoir le ciel et le soleil qui a fait son apparition.
Célébrons notre chance de n'avoir pas avoir vécu de guerre et la beauté fragile de la paix. Rappelons nous aussi que tout le monde n'a pas notre chance car chaque jour aux informations des exemples de conflits de part le monde nous assaillent.
Un dernier petit tour d'horizon et nous rentrons à Xam Neua.
Décidément, la journée a été chargée en émotions, nous sentons comme la nécessité d'évacuer ce stress et partons dans une franche rigolade sans pouvoir nous arrêter tout de suite !
La rigolade comme les bonnes choses ont malheureusement une fin. C'est sur la fin de ce trajet épuisant entre Xam Neua et Nong Khiaw que nous avons déchanté. 12 heures de bus recroquevillés et entassés dans ce petit bus. Nous avons même pensé aller nous installer sur le toit, nous aurions eu plus de confort.
Nous serons les derniers touristes à arriver à Nong Khiaw vers 21 heures. Nous ferons toutes les chambres d'hôtes de Nong Khiaw et de Ban Saphoun à la recherche d'une place mais elles affichent toutes complet. Nous nous voyons un instant dormir dehors et alors que nous nous préparons à une marche de 20 minutes à la recherche du dernier hôtel hypothétique au bout de la ville, accompagné par un jeune homme que nous supplions de nous y conduire pour ne pas nous perdre, nous tombons sur une bonne fée. Une institutrice française qui vit à Vientiane et qui parle parfaitement le Lao, en vacances avec ses parents et qui nous propose de nous y conduire en voiture. Nous acceptons les conditions un peu chères de cet hôtel haut de gamme, demandons un peu de pain car nous n'avions pas mangé depuis de nombreuses heures et nous nous couchons épuisés sans bien savoir où nous sommes.
Le réveil est plutôt agréable, nous sommes sur les bords de la rivière dans un cadre de nature qui fait plaisir à voir !
Pas le temps de traîner pour autant, nous voilà partis à la recherche du bateau qui va nous conduire à Muang Ngoi Neua.
Nous voilà sur un circuit un peu plus touristique et c'est l'occasion de discuter avec plein de voyageurs des quatre coins de la planète.
Nous remontons le courant sur une longue barque. Du fait de la saison sèche, le niveau de l'eau à certains endroits semble peu profond mais le capitaine passe sans encombre entre les rochers qui affleurent.
Nous avons prévu de rester qu'une seule nuit dans ce village car nous ne sommes pas vraiment en avance sur notre planning. L'endroit est charmant mais un peu trop balisé à notre goût.
Nous discutons avec 2 groupes de personnes qui sont déjà venus dans cette zone en 2003 et 2006. Ils confirment que le tourisme s'est énormément développé et que les choses changent très vite. D'une certaine façon c'est une très bonne chose pour les populations locales. Cela développe leurs revenus économiques, l'accès à de l'équipement et au confort. Espérons qu'ils réalisent très vite aussi que les visiteurs sont attirés par la beauté des paysages, la nature qui les composent et l'authenticité du dépaysement. Ils comprendront alors l’intérêt de conserver au maximum la nature et cet environnement riche et privilégié.
Une petite visite de caves, cela devient une habitude et l'on grimpe jusqu'à un beau point de vue. Malheureusement nous ne verrons pas beaucoup d'animaux, pas même de chauve-souris. La pluie qui vient de s'abattre ne fait pas même sortir les insectes et les escargots !
La vue est en revanche magnifique.
Une petite balade dans la rue du village qui est donc nécessairement la principale.
Nous en profitons pour prendre quelques clichés du coucher de soleil, envoutés par la magie de l'obscurité progressive !
Mais le jour revient vite à la charge. Nous prenons une barque pour 6 heures de navigation jusqu'à Muang Khua.
Les paysages sauvages défilent. N'ayant pas d'accès par la route, les rives sont cultivées mais à taille humaine. Les pentes sont escarpées et donc vertes, pleines d'arbres et de végétation. Cela fait plaisir à voir, nous en avions presque perdu l'habitude au Cambodge et au Laos.
Sur le bateau nous nouons d'amitié avec Julie et Gilles un couple franco-suisse qui vit à Berne. Ils ont débuté un tour du monde il y a un mois environ. Ils sont très sympa et le courant passe bien dès de début. Nous allons avoir l'occasion de faire un petit bout de chemin ensemble et c'est très agréable. Pour mieux connaitre Julie et Gilles vous pouvez vous rendre sur leur blog : Julie et Gilles en Balade
Ils nous prêtent ce livre "80 Hommes pour changer le monde" de Sylvain Darnil et Mathieu Le Roux. Nous en avions entendu parler mais ne l'avions pas encore lu. Nous vous le recommandons à présent, c'est super. Ces deux jeunes auteurs sont partis sur les routes interviewer des entrepreneurs dans le monde qui ont intégré les enjeux environnementaux dans leur développement et business. Ils démontrent que penser vert et agir pour la planète sont parfaitement compatibles avec la logique entrepreneuriale. Leur démarche et travail sont des modèles pour nous et on l'espère, pour beaucoup d'entre vous aussi.
Le retour à la civilisation et à l'automobile est immédiatement perceptible avec ces tranchées dans la montagne pour faire passer la route. Fin de notre petit périple en bateau.
Muang Khua est une ville sans aucun intérêt particulier. Ce pont suspendu procure un peu d'excitation et d'adrénaline. Il offre surtout une vue vertigineuse ce qui permet de prendre quelques photos de haut.
Nous dinons et nous couchons tôt, le lendemain, le bus pour le Vietnam est à 5h30 et puisqu'il faut acheter les billets sur place après avoir traversé la rivière sur une barge, nous avons prévus avec Julie et Gilles d'être sur le bord de l'eau à 5 heures.
C'est mal réveillés que nous débutons cette journée de voyage. Nous somnolons jusqu'à la pause café dans un village perdu, sur le bord d'une route de terre.
La simplicité des affiches de sensibilisation révèle les difficultés rencontrées et la nécessité d'aider les populations au travers de l'éducation que l'on pourrait qualifier de basique.
Un petit côté de bout du monde semble correspondre à cet endroit. Nous sommes clairement en transit, contents d'avancer, curieux d'arriver et tranquillement embrumés dans ce bus chaotique.
Au dessus des nuages, nous apercevons les cimes des montagnes. Il y a comme une promesse qui naît avec le jour, nous ne
savions pas alors que la journée serait si longue.
Actions Biodiversité au nord du Laos, du 19 février au 25 février 2011
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Certes l'animation de la ville change par rapport à la tranquillité des îles, cependant Vientiane reste une ville à
taille humaine et il est bien agréable de s'y promener.




Les chats sont absolument partout.
