Bienvenue à Semporna et ses environs. Il s’agit d’une ville d'environ 150 000 habitants dans la province malaisienne de Sabah au nord est de Bornéo.
Nous sommes dans une zone réputée pour la plongée sous-marine. La diversité biologique est importante à cet endroit du globe comme l'atteste une expédition internationale d'inventaire des espèces menée en 2010. Cette expédition a relevé 43 espèces de coraux-champignons et plus de 840 espèces de poissons au cours de leurs successives plongées.
Cependant, ce paradis aquatique est fortement menacé. L'intensification des activités humaines pressurise les équilibres naturels : surexploitation des ressources, méthodes de pêche non-sélectives ou interdites (nous avons pu entendre en plongeant des pêches à l'explosif), pollution, modification des traits de côte, destruction des fonds marins... Ces impacts mettent en perspective des conséquences néfastes à moyen terme tant pour l'environnement que pour les hommes qui y vivent.
Les rapports entre l'homme et la nature sont une nouvelle fois la clef d'un avenir prospère.
Semporna est une ville depuis longtemps orientée vers le commerce et l'échange qui se compose principalement de Bajaus, nomades des mers qui se sont sédentarisés au cours des ans. La mer est la source principale de nourriture et de revenus pour ces habitants et si les échanges et l'économie s'organisent depuis le centre ville de Semporna, de nombreuses communautés vivent sur la côte et sur les îlots avoisinants dépendent intégralement de ce que la mer leur donne.
Ville côtière, port de pêche et petit centre économique, Semporna s'ouvre au tourisme et aux investissements immobiliers. Elle est le point de passage obligé pour se rendre vers la très réputée réserve marine de Sipadan (élu comme l'un des dix plus beaux spots de plongée au monde) et autres îlots paradisiaques pour touristes sportifs ou en goguette.
Malheureusement, la réputation négative de la ville s'étend comme une nappe de mazout à la surface de l'eau, lui valant en anglais des surnoms aussi dégoûtants que réalistes "Smelly porna (Smelly = mal odorante) ou "Sem poo na" (poo = caca) !
Voyage donc à Semporna : entre poubelle et biodiversité gigantesque !
Nous sommes restés 10 jours à Semporna, l'occasion de visiter différents spots de plongées. Nous n'avons pas été déçus du spectacle sous-marin et la réserve marine de Sipadan est à la hauteur de sa réputation !
Malheureusement, notre boitier SONY nouvellement acheté à Kuala Lumpur prend l'eau. Il s'agit d'un défaut de fabrication, nous sommes donc très limités pour les prises de vues sous-marines.
Requins à pointe blanche ou noir, bancs de barracudas à queue noire et autres poissons pélagiques font sensation sous l'eau !
Une petite vidéo prise à Sipadan pour se rendre encore mieux compte du spectacle privilégié des plongeurs sur ce site :
Le plaisir de l'observation marine concerne aussi bien les gros poissons que l'infiniment petit, la faune comme la flore et les étroites relations des espèces entre elles.
Nous aimons particulièrement repérer les limaces des mers (nudibranches) dont les couleurs et les formes sont surprenantes. Ces animaux de la famille des gastéropodes et de l'embranchement des mollusques ont une tête et des yeux ce qui n'est pas toujours une évidence !
Certaines ont une partie surélevée appelée corne qui contient des substances urticantes visant à éloigner les prédateurs.
L'élégance et le flegme majestueux des tortues vertes ou hawksbill (comme ci-dessus) !
Un vrai bonheur que de voir pareilles beautés sous-marines.
Les sites protégés ou éloignés des côtes et de l'activité humaine sont globalement bien conservés.
La réserve Marine de Sipadan est contrôlée en permanence avec un quota maximum de plongeurs et de visiteurs par jour. Il n'est plus possible d'y passer la nuit comme cela fut possible il y a quelques années.
Les longues plages de sable blanc sont l'écueil non seulement des algues mais aussi des macro-déchets toujours plus nombreux !
Pour bien comprendre la situation, il faut se projeter de l'autre côté du miroir. Ces décors paradisiaques pour des vacanciers en manque d'exotisme, sont aussi un environnement précaire, rustique parfois ennuyeux pour des communautés locales coincées sur ces bancs de sables.
L'envie d'un ailleurs, de plus de confort, d'une autre vie fantasmée au travers de récits qui résument la modernité à l'accès à la consommation, aux nouvelles technologies et aux lumières des grandes villes est un facteur de désintérêt pour leur environnement immédiat qu'ils connaissent depuis toujours.
Enfin, le manque de débouchés, d'éducation notamment environnementale, d'encadrement et de moyens publics, conjugués à des conditions de vie loin d'être faciles, sont autant de facteurs qui expliquent certains actes peu respectueux de l'environnement.
Ce n'est pas l'homme à l'échelle de l'individu qui est la cause d'une pollution irrémédiable ni un risque pour la diversité biologique.
C'est l'accumulation de chaque geste et les pratiques à grande échelle pêche intensive, densification urbaine forte, non traitement des déchets communaux, industries et entreprises écologiquement irresponsables) qui infligent les changements les plus radicaux.
Lorsque nous regardons plus en détail au niveau de Semporna, nous constatons rapidement la gravité de la situation et son caractère irrémédiable !
Les varans sont parmi les espèces les plus résistantes pour vivre dans pareil niveau de saleté avec les rats et les insectes.
Ceux qui subissent ces conditions de vie nauséabondes et impropres à une bonne santé, sont les plus faibles et les plus pauvres !
C'est une anecdote surprenante : nous avons pensé en rencontrant cet homme que ce dernier collectait ces différentes bouteilles à des fins de retraitement des déchets. En réalité, il s'agit bien d'une deuxième vie qui est offerte à ces contenants plastiques qui sont revendus aux pêcheurs comme flotteurs pour leurs lignes. En d'autres termes, ces bouteilles vont être rejetées à la mer.
Vendues moins d'un euro le sac, c'est le système D qui est de rigueur ! Heureusement, la bonne humeur et les sourires de ceux qui vivent de cette misère poussent à aller de l'avant et à ne pas se décourager devant l'ampleur du problème !
Au chapitre des pratiques non soutenables, la pêche d'espèces menacées est couramment observable. Certaines traditions mais surtout la demande soutenue des pays asiatiques poussent les pêcheurs à sur-pêcher requins, raies, mérous...
La surpêche d'un poisson en particulier représente une menace pour l'espèce en soi mais aussi pour tout l'écosystème.
L'aiguillat Commun (Squalus Acanthias) par exemple est une espèce classée vulnérable. Il en va de même pour de nombreuses autres espèces de requins appréciés pour leur peau (maroquinerie), leur chair (alimentaire via les soupes ou les ailerons) ou leurs dents (bijoux et souvenir).
Les méthodes utilisées sont souvent inadaptées, destructrices et même illégales. La pêche à l'explosif ou au produit chimique détruit au passage de nombreuses autres espèces inutilement, voire toute une zone de l'écosystème de façon irrémédiable. Le finning (pratique visant à découper les nageoires du requin avant de rejeter cruellement le corps vivant à l'eau) est une pratique couramment utilisé par la pêche industrielle pour ne pas limiter la place dans les cales (pratique interdite pour les bateaux de l'union Européenne).
L'absence de réglementation impartiale, de formation et de transfert des connaissances scientifiques ne permet pas aux pêcheurs d'avoir les outils pour une bonne gestion des stocks. En effet, chaque espèce a une maturité sexuelle, taux de fécondité et période de gestation différente.
Toute une économie, le développement voire parfois la survie de familles sont en jeux. Les ressources de la mer avant d'être épuisables sont d'abord nécessaires aux populations côtières. Malheureusement, une vision à trop court terme conduit à empirer chaque jour un peu plus une situation déjà difficile.
La nuit tombe progressivement sur Semporna annonçant la fin d'une journée. Les prières comme les oiseaux montent au ciel mais les pieds restent englués dans une vase de pollution croissante.
La transition économique rapide est visible au travers du flux de voitures toujours plus nombreuses et au manque d’infrastructure adéquate.
Les hommes comme les animaux tentent de s'adapter aux nouveaux modes de vie, mais la précarité génère de nouvelles difficultés.
Entre rêves consuméristes placardés sur les magasins et situation quotidienne, les étapes de transition économique sont brutales.
Voila donc de quoi rester pensif notamment aux actions permettant de concilier protection de l'environnement et développement humain.
D'un côté des richesses naturelles immenses, nécessaires aux populations locales mais aussi convoitées à l'international. Sources de nourriture et de développement, ces ressources sont progressivement menacées par la surexploitation et la destruction progressive de l'écosystème qui les régénère.
Ces exploitations non durables sont également peu solidaires. Leur organisation est contrôlée et bénéficie d'abord aux plus riches et donc au plus petit nombre. La transition vers une meilleure répartition des revenus, des connaissances et plus d'éducation est donc fortement limitée. Or avant de "pouvoir" changer pour plus de soutenabilité, il faut "savoir" et "vouloir" et le chemin vers cette liberté est encore long !
Quelques initiatives sont toutefois en cours. Les associations environnementales, locales et internationales sont mobilisées et travaillent sur des programmes à moyen et long terme à la protection des espèces et des milieux, au travers de l'éducation, du transfert d'information, de la mise en place de zones protégées, de la valorisation de filières plus soutenables et d'accompagnement dans un processus de développement plus durable. La tâche reste toutefois vaste bien que les résultats soient encourageants.
D'autre part, le développement du tourisme de la plongée oblige les opérateurs et bénéficiaires directs à essayer de protéger leur fond de commerce à savoir la mer. Il ne faut pas s'y tromper ce tourisme est loin d'être sans impact sur l'environnement (pollution, consommation d'essence, perturbation et destruction des fonds,...). Cependant, les retombées économiques invitent à s'interroger davantage sur le moyen terme et les manières de conserver la beauté naturelle de cette zone. En effet, aux Seychelles, un requin vivant rapporte entre 10 et 20 fois ce qu'il rapporterait mort (extrait du National Geographic France - juillet 2011 - Mordu des requins)
A titre d'exemple, des programmes de nettoyage de l'île de Mabul sont couramment réalisés. La transformation d'un ancien site polluant reconverti comme cette plateforme d'extraction, devenu un centre de plongée.
Les programmes d'éducation et de sensibilisation sont naturellement indispensables. "Nous protégeons toujours mieux ce que nous connaissons bien !"
Via le paiement d'un droit d'accès à la zone protégée, les touristes financent une partie de l'organisation et de la gestion de la zone. Loin d'être un système parfaitement transparent il a le mérite d'exister et pourra probablement continuer de s'améliorer.
Enfin, comme nous aimons à le rappeler sans cesse, les acteurs économiques privés sont indispensables dans ce processus de réflexion et d'amélioration de nos impacts environnementaux. Qu'il s'agisse de Greenwashing (opération pour rendre sa marque plus verte) ou d'une volonté sincère, quand rien n'est encore fait, il s'agit d'un point d'avancement incontestable !
L'avenir des femmes et des hommes qui vivent « dans » et « de » ce petit coin de paradis est en train de se dessiner maintenant. Espérons que leur développement soit source de réels progrès pour chacun tout en respectant la nature qui les entoure et nous fait tous vivre !
Actions Biodiversité à Semporna, Sabah Malaisie du 13 au 22 mars 2011
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